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Allaiter son bébé, c’est un choix. Même pour le parent qui n’a pas accouché! C’est Jessica Legault, monitrice de La Leche League Canada, qui nous l’a appris lors de la rencontre des Futurs Parents de la Coalition des familles LGBT. Pour en savoir plus sur le sujet, nous lui avons posé quelques questions sur la lactation provoquée et sa mise en pratique par un parent non-gestationnel.

La question peut paraitre désuète mais elle est pourtant cruciale: quels sont les avantages d’allaiter un bébé?

Il existe d’innombrables avantages! L’allaitement peut, entre autres, contribuer à la perte de poids du parent qui allaite, favoriser l’attachement, retarder le retour des menstruations après l’accouchement, et à long terme, diminuer les cancers du sein, de l’ovaire ou de l’utérus. Pour le bébé, l’allaitement est aussi une excellente option, évidemment. D’abord parce que le lait s’adapte continuellement au nouveau-né mais aussi parce qu’il est très facile à digérer. Il contient des vitamines (sauf la vitamine D), des minéraux et des protéines nécessaires à la croissance du bébé et au développement de son cerveau. L’allaitement favorise aussi le développement des anticorps et renforce le système immunitaire de l’enfant contre des maladies comme les otites, les gastros, etc. Sans parler du fait que le lait « maternel » est gratuit, écologique, toujours à la bonne température et distribué par les plus beaux biberons du monde…

Si une personne ne peut pas allaiter son bébé, qui peut le faire à sa place?

Dans la plupart des cas (97%), lorsqu’une personne accouche, le processus de l’allaitement est déclenché. Mais il existe des cas où l’allaitement est difficile voire impossible, par insuffisance de tissu mammaire génétique par exemple ou pour toute autre contre-indication médicale. Depuis la nuit des temps (ou presque), lorsqu’un parent ne peut pas allaiter, il n’est pas rare de voir une personne qui allaite déjà prendre la relève, comme une tante ou une nourrice. Aujourd’hui, cela existe toujours! Parfois, cela prend la forme de dons de lait maternel à travers des systèmes de partage informels mais dans un contexte familial où il y a deux parents qui désirent allaiter, la personne qui accouche n’est pas nécessairement le seul parent qui peut allaiter…

Concrètement, comment les parents non-gestationnels doivent-ils s’y prendre pour allaiter le bébé à leur tour?

Dans le cas d’un parent non-gestationnel qui désire allaiter, il existe un protocole médical pour provoquer la lactation. Développer par Lenore Goldfarb et Dr Jack Newman, il s’agit de simuler la grossesse (et ensuite la naissance) pour encourager les hormones naturels du corps à prendre la relève.
Cela consiste à prendre deux médicaments différents: la pilule contraceptive (qui contient les hormones oestrogène et progestérone) et le dompéridone, un médicament qui va stimuler la lactation, et ce durant tout l’allaitement.

Ensuite, six semaines avant la date prévue de l’accouchement de votre partenaire, la prise de pilule contraceptive est arrêtée et vous pouvez commencer à stimuler la production de lait en utilisant un tire-lait électrique, autant que possible. Évidemment, ce traitement doit être prescrit par un médecin! Le processus peut aussi être entamé au sein d’une clinique spécialisée en allaitement, ou par un médecin de famille qui est à l’aise avec le protocole. Lorsque le bébé nait, il doit être mis au sein rapidement et le plus souvent possible pour bien entamer la production laitière. Dans le cas où les deux parents veulent allaiter, il peut être nécessaire d’employer un tire-lait électrique lorsque l’autre parent allaite pour établir une bonne production de lait.

Est-ce sans danger pour la santé du parent non-gestationnel? Si non, pourquoi?

Tout médicament peut entamer des effets secondaires! Selon le docteur Jack Newman, les effets négatifs du protocol Newman-Goldfarb sont rares, mais l’état de santé du parent non-gestationnel devrait être évalué par un médecin avant d’entamer le protocole. Chez une mère trans, par exemple, il peut aussi être utile d’en discuter avec son endocrinologue.

Qu’en est-il du taux de réussite de cette pratique?

C’est important de réaliser qu’une personne peut avoir beaucoup de « succès » avec ce protocole… ou très peu! Les résultats varient beaucoup d’une personne à l’autre, surtout parce que la production de lait est vraiment gérée par « l’offre et la demande ». Si deux parents allaitent, la production de lait est forcément amoindrie chez le parent qui allaite moins souvent. À noter aussi que chaque corps répond différemment à la simulation de grossesse. Il n’est donc pas possible de prédire la quantité de lait qu’une personne qui n’a pas accouché va produire. Ceci dit, le lait n’est qu’une composante des bienfaits de l’allaitement. Par exemple, le « peau à peau » stimule aussi la production de l’hormone ocytocine et favorise l’attachement! Ce n’est pas négligeable.

Si la lactation provoquée ne fonctionne pas sur moi mais que je souhaite quand même allaiter, quelles sont mes autres options?

Si une personne veut continuer à allaiter mais qu’elle ne produit pas assez de lait ou si cette personne a choisi de ne pas suivre le processus d’allaitement provoqué, un dispositif d’aide à la lactation peut être utilisé pour apporter un complément au bébé. Grâce à un petit tube placé à côté du mamelon, le bébé peut boire du lait maternel (ou autre) tout en stimulant la production laitière de son parent.

Avez-vous reçu des échos négatifs de la part de gens qui trouveraient ça « étrange » et/ou inapproprié?

Bien sûr! Un jour, une femme m’a dit qu’elle trouvait que c’était de la science-fiction et que c’était trop bizarre. Je lui ai dit que ce n’était effectivement pas pour tout le monde mais que pour certains parents c’est très important. Pour moi, par exemple, l’allaitement a vraiment défini mon approche parentale. Grâce à ce protocole, les parents non-gestationels qui vivent un deuil d’infertilité ou qui souffrent de ne pas avoir de connexion biologique à l’enfant, se retrouvent enfin capables de partager un lien physique avec leur enfant, c’est extrêmement important d’en tenir compte.

Et si un autre parent désire s’offrir de cette façon à son enfant, pourquoi pas? Allons-nous nous baser sur la biologie pour juger si un parent « devrait » allaiter? J’aime aussi remarquer que souvent une mère peut en effet porter l’embryon de sa conjointe, donc rien n’est impossible. L’allaitement par un parent ou deux est un choix personnel et familial et ne regarde que les membres de cette famille.

Par Jennifer Senecal et Daisy Le Corre

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