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Faites du bruit pour King Princess

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Elle pose avec ses poils sous les aisselles, se mord la lèvre, incarne l’étoile sensuelle de l’équipe de football dans le vidéoclip de sa chanson Prophet, elle zoom sur les fesses de ses ami.e.s dans ses publications Instagram. La popstar King Princess n’est pas qu’une chanteuse aux mélodies accrocheuses, c’est une jeune artiste fonceuse et émancipée qui joue avec le regard qu’on pose sur elle. King Princess déroge aux normes et nous plonge tête première dans son monde queer. On l’a rencontrée pour mieux comprendre la femme derrière la star.

« Dude ! T’as pas idée ! », lance Mikaela Straus lorsqu’on lui demande à quel point sa vie a changé dans les deux dernières années. Le premier grand hit de la Brooklynoise, 1950, sorti à l’hiver 2018, frôle aujourd’hui 300 millions d’écoutes sur Spotify. En plus d’être franchement accrocheuse, la chanson pop est un hommage romancé à l’amour queer qui s’approprie l’hétéronormativité souvent associée au milieu du siècle dernier. Aujourd’hui, avec un premier album sorti récemment sous l’étiquette Zelig Records de l’influent compositeur pop Mark Ronson (Amy Winehouse, Miley Cyrus), King Princess est l’idole d’une jeune génération queer, évoquant l’identité et la sexualité de front autant dans sa musique que dans ce qu’elle étale de sa vie sur les réseaux sociaux.

Au-delà de sa chanson à succès – et les autres qui ont suivi comme Talia et Pussy Is God, voici une artiste attachante par sa personnalité décontractée et décomplexée. Si, en la regardant aller, on sent qu’elle prend la vie à la légère, Mikaela est très investie dans son rôle de modèle puisqu’il règne aujourd’hui un esprit de communauté sans précédent, croit la chanteuse de 20 ans.

« J’ai les fans queers les plus loyaux et les plus incroyables. C’est intéressant de voir autant de femmes queers à mes spectacles parce que je ne me suis jamais sentie liée à une communauté de femmes queers. Je me suis accrochée aux hommes gais parce qu’il y a une partie de moi qui n’est pas féminine et j’avais besoin de cette énergie queer masculine et équilibrante dans ma vie. J’étais encore une lesbienne solitaire, souhaitant avoir une communauté mais n’en trouvant jamais. Donc c’est intéressant de voir ces jeunes aujourd’hui qui ont si clairement trouvé leur communauté et la plupart sont des femmes. Je n’ai jamais vu ça. Ça veut dire qu’on grandit, qu’on crée des espaces où ces jeunes peuvent se retrouver ».

Quand on la questionne à savoir s’il y a de grandes responsabilités qui viennent avec ce rôle d’idole des jeunes queers, l’énergique chanteuse avoue humblement qu’elle préfère partager les projecteurs. «Je pense qu’il y a la responsabilité d’être authentiquement soi-même, mais je pense aussi que c’est une voie sombre que d’avoir le sentiment que l’on peut représenter ou parler au nom de toute une communauté. Je ne peux pas. Je ne suis qu’une petite partie d’une communauté très dynamique. Je veux que ma carrière ouvre des portes pour qu’un plus grand nombre de personnes remplissent d’autres communautés qui ont besoin d’être représentées au sein de la famille LGBTQ. Il y a tellement d’identités intersectionnelles là-dedans. Elles ont besoin d’être soutenues ».
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Culture queer
La chanteuse, omniprésente sur Instagram où elle s’adresse à son public avec un humour sans filtre, représente bien sa génération, plus bruyante, tapageuse, selon elle, qui s’ouvre et se retrouve par le web. «J’adore la présence de queerness sur Internet. Quand on ne voit pas de représentation digne de ce nom à la télévision ou au cinéma, l’étape naturelle en 2019 est : Qu’est-ce qu’il y a sur Internet pour moi ? Il y a beaucoup de culture queer positive et drôle par là. On est hilarants ».

Mikaela est amicale, facile d’approche et son charme est dû à un léger je-m’en- foutisme. Elle est dotée d’une aisance naturelle avec les autres. Mais elle avoue que ç’a pris du travail pour en arriver là. Elle a déjà évoqué dans des entrevues qu’elle n’avait pas beaucoup d’amis quand elle était plus jeune parce qu’elle était considérée comme une fille bizarre. Aujourd’hui, elle est bien avec elle-même et son étrangeté est la raison même pour laquelle elle est adulée par tant de fans. Il fait bon être différent. « Il y a deux ans, j’étais terrifiée à l’idée de faire des entrevues, je tremblais dans mes bottes, mais excitée et prête à relever le défi ! Mais quand même tellement angoissée. J’avais un trac terrible, jamais paralysant, mais je voulais chier dans mon pantalon à chaque fois que j’étais sur scène. Maintenant, je suis dans ma putain de zone de confort. C’est un grand changement ».

Et pour réussir à avoir une carrière comme elle l’a aujourd’hui, il a fallu aussi que Mikaela séduise l’industrie de la musique. Il y avait déjà un attrait fort dans cette jeune femme à l’air décontracté et aux chansons queers sans détour. Il faut dire qu’elle avait aussi une bonne base musicale dès l’enfance puisque son apprentissage a été fait directement à la maison au studio de son père ingénieur de son. « Pendant de nombreuses années, je suis restée assise là à regarder, à apprendre des plans de guitare des membres du groupe et agir comme l’une des mecs. Cela m’a non seulement appris à communiquer avec des personnes plus âgées que moi, mais c’était aussi une éducation musicale ».

Le jour de notre rencontre, King Princess s’apprêtait à sortir le tout premier simple de son premier album complet qu’elle a produit, Cheap Queen. L’excitation était à son comble et on sentait toute sa fierté quand elle évoquait sa méthode de travail. « Ce disque est mon bébé, c’est sûr. J’ai eu une bonne éthique de travail. Il a été écrit après la sortie de l’EP en juin 2018 jusqu’au printemps dernier, donc c’est chronologique et ça se sent quand on l’écoute. Mon but principal était de faire en sorte que ça ressemble à une histoire ».

On s’y accrochera facilement à cette histoire, comme on s’est accroché à toutes celles qu’elles nous a présenté jusqu’ici. L’instinct et la liberté sont les moteurs de King Princess, autant dans sa création que dans sa façon de se présenter à nous. Elle est le capitaine de son bateau. Longue vie à cette nouvelle princesse queer de la chanson pop.

Texte par Valérie Thérien
Photos par Darby Routtenberg
Couronne par l’artiste visuelle Gab Bois

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