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Femme Drag Queen à Montréal : une nouvelle réalité

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Si tout le monde connaît l’existence des Drag Queens et, dans une moindre mesure, des Drag Kings, peu nombreux sont ceux qui ont déjà vu des Drag Queens femmes. Pourtant, à Montréal, un petit groupe de femmes a décidé d’en porter l’étendard pour le redéfinir. Pour elles, il s’agit d’assumer leur féminité mais aussi de la questionner voire de la subvertir et de la transcender. Faire entendre leur voix et performer au sein des diverses communautés, tel est leur souhait principal. Discussion avec Sky qui nous explique son parcours et son point de vue.

Quand on est une femme, de surcroit lesbienne, tout nous prédestine, si l’on souhaite performer le genre, à être Drag King. C’est ce qu’a pensé Sky au début : « Je viens d’avoir 33 ans. J’ai commencé à expérimenter le Drag King lorsque j’ai eu 19 ans, après mon coming out. Je l’ai fait deux ou trois fois quand j’habitais en Ontario mais ça ne m’a pas appelé alors je me suis tournée vers le burlesque pendant quelques années. Au bout d’un moment, j’ai aussi trouvé ça plate car ça ne laissait pas assez de place à l’expression et à la pensée ». En fait, tout au long de son parcours, Sky est davantage attirée par les Drag Queens : « Étant une personne qui connait le milieu gay, queer, lesbien, j’ai souvent été amenée à voir des Drag Queens, que ça soit dans des spectacles ou des soirées, et je les ai toujours trouvées magnifiques. J’aimais cette manière extrême, excessive et parfois comique, voire absurde, de s’exprimer ».

Tiraillée entre l’idée que performer en Drag Queen est réservée aux hommes et l’envie de créer un personnage féminin disproportionné et absurde, ce n’est que lorsqu’elle rencontre Hannah Morrow, à l’âge de 25 ans, qu’elle décide de se joindre à elle et de sauter le pas. « Je me suis alors créé un personnage qui me laisse l’espace de m’exprimer et de faire tout ce que je ne peux pas faire dans la vie quotidienne en tant que femme ». Performer en tant que Drag Queen lui permet d’explorer les aspects les plus exagérés, les plus absurdes ou extrêmes de sa personnalité mais aussi de penser une performance contestataire des conventions du milieu. Elle a créé un personnage qui n’attend pas la validation des autres pour s’affirmer et se trouver belle.

Une nouvelle place au sein de la communauté

Chaque courant propre au Drag possède une culture spécifique, une manière de performer et d’être, d’interagir et de communiquer qui les empêche, en général, de se côtoyer. En effet, à Montréal comme ailleurs, il est difficile de mélanger les courants, et parfois même les minorités LGBT. Par exemple, les Drag Queens sont surtout visibles dans le village, particulièrement chez Mado, et les Drag Kings ont souvent fait l’objet de soirées spéciales.

Aujourd’hui pourtant, les choses sont amenées à changer. Grâce à certaines initiatives, comme les soirées cabaret « Get your Drag on », n’importe qui peut performer ou expérimenter, qu’il soit amateur ou professionnel, ce qui contribue à « créer un espace où les Drag Kings, les Drag Queens et tout ce qui se situe entre les deux, peuvent être ensemble ». De la même façon, le concours Mx. Van Horne décerne son prix indifféremment du sexe ou du genre proposé. Selon Sky, ces rencontres initient un partage nouveau et de nombreuses opportunités d’avenir, permettant aux Queens de sortir de leur contexte habituel et aux Kings d’approfondir leur ouverture d’esprit. « Mon élan dans la vie, dans tout ce que je fais, dans mes performances, c’est l’ouverture, le sentiment de communauté ».

Après 4 ans de performances et de spectacles (Sky a créé plusieurs pièces de théâtre avec Hannah Morrow et Heather Caplap et des spectacles avec des groupes tels que Glam Glam ou LOLW (League Of Lady Wrestlers Montréal)), elle constate que d’autres femmes se mettent aussi à faire du Drag Queen, preuve que les mentalités évoluent.

Performer les genres et les stéréotypes pour les transcender

Pour Sky, être une Drag Queen, ce n’est pas seulement un jeu ou un plaisir personnel, c’est aussi une manière de remettre en question la notion même de féminité et d’exprimer la sienne : « J’ai intégré le milieu lesbien entre 16 et 26 ans. Pendant 10 ans de ma vie, j’ai essentiellement évolué dans cette communauté. Je suis une personne féminine, j’aimais avoir les cheveux longs, porter des talons, des jupes et j’ai eu beaucoup de réactions phobiques, qui me dénigraient en tant que lesbienne. Maintenant ça a changé et les gens à Montréal peuvent s’exprimer relativement comme ils veulent mais ça m’a marqué. Le fait d’être féminine et d’en vouloir toujours plus a été pour moi comme une manière de résister aux critiques de la communauté et d’être fière de cela ».

En performant en Drag Queen, elle se permet d’aller plus loin que dans sa vie quotidienne et de pousser son genre à l’extrême. « En Drag Queen, je prends le contrôle du regard des gens, et même, je le recherche, ce qui me permet de prendre le pouvoir dans un espace-temps donné sans censure et sans gêne ». C’est aussi l’occasion de questionner ce qui fait de nous des femmes aux yeux de la société et ce qui est perçu comme féminin. « Mon personnage est un peu croche. La première fois que j’ai fait un spectacle, j’ai pris mon maquillage et j’ai tout étalé dans ma face. J’étais trash, un peu crado. Ce qui est un peu le contraire de la culture traditionnelle des Drag Queens ». Cette mise en scène de la féminité à outrance et parfois déstructurée (son personnage, Dumpster Diva, est adepte du dumpster diving et s’habille exclusivement avec des détritus recyclés) à travers son Drag Queen est une façon de défaire les codes sociaux imposés au genre féminin mais aussi propres aux Drag Queens traditionnelles.

En effet, pour elle : « La féminité en tant que telle n’est pas subversive par rapport aux genres, elle ne repousse pas les frontières, mais elle renforce des stéréotypes et des normes par rapport aux femmes. Je veux pousser la logique plus loin pour poser la question de ce que l’on juge féminin et pourquoi certaines choses sont valorisées au profit d’autres ». C’est une manière de poser la question de la valeur et de la féminité en même temps.

Nouvelles perspectives pour les Queens

Alors que dans la culture des Drag Queens, le personnage tend à insulter ou à mépriser les autres sous forme humoristique, les propositions de ces nouvelles Queens tendent à être plus inclusives, même symboliquement. Elles souhaitent que le Drag Queen soit « une communauté qui permette de questionner la hiérarchie, les codes et les noms traditionnels afin de créer un espace plus inclusif, ouvert à tous, femmes, hommes ou non binaires, où on a le droit de s’exprimer comme on veut ». En modifiant les règles des milieux sociaux, artistiques du Drag, Sky souhaite ouvrir les possibles car « ce n’est pas la barbe ou son absence qui fait de toi une Drag Queen, c’est autre chose que l’on exprime ». Il s’agit en effet de déplacer certaines frontières, dont celles délimitées par les genres et les sexes, pour pouvoir explorer d’autres moyens d’être féminin ou masculin, aucun des deux ou les deux à la fois, le tout encadré par la performance ou le spectacle qui assure une plus grande liberté de parole et qui « te donne le droit de ne pas être gênée, de ne pas censurer ta manière de t’exprimer ».

Si certaines portes ne se sont pas ouvertes spontanément pour ces nouvelles Drag Queens, cela leur a permis d’en ouvrir d’autres par la suite et de recevoir de plus en plus d’engouement de la part du public mais aussi des différentes communautés et courants. Même s’il s’agit pour elles de ne « jamais vraiment pouvoir faire partie de la communauté traditionnelle des Drag Queens », proposer une performance novatrice avec des alternatives de pensées et de mise en action par rapport à la société ou aux Drag, revient à créer une nouvelle communauté à part entière, une nouvelle forme de Drag peut-être, que l’on aurait envie de nommer Drag Queer.

Par Delphine Cézard

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