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La violence, non pour moi – Premier volet

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Sa première vraie relation avec une femme, Audrey l’a vécue ponctuée par la violence conjugale. Plusieurs années plus tard, le harcèlement n’a pas tout à fait cessé et elle subit encore les conséquences de cette épreuve. Au fur et à mesure qu’elle tente de se reconstruire, elle mesure aussi l’importance de raconter son histoire et de mettre des mots sur un phénomène aussi répandu que méconnu.

/ Comment la violence s’est installée?

J’avais 21 ans, j’étais jeune, très naïve et encore dans le placard. Une semaine après ma rencontre avec F., elle m’avoue qu’elle se faisait mettre dehors de son immeuble donc, je lui ai proposé de venir chez moi en attendant qu’elle se remette sur pied.

Un soir, après une sortie avec ses amies, elle était de mauvaise humeur. J’ai essayé de la calmer, elle m’a attrapé et projeté à terre. J’étais couverte de bleus. Elle s’est tout de suite excusée en disant « je suis vraiment désolée, j’ai pété ma coche, je ne l’ai pas fait exprès ». Ça faisait deux semaines que l’on se connaissait. Nous sommes restées ensemble 9 mois ; mes thérapeutes disent que j’ai subis l’équivalent de plusieurs années de violence. J’ai dû prendre 1 ou 2 coups les deux premiers mois, puis ça a augmenté avec le temps. Comme c’était ma première blonde, j’avais du mal à comprendre qu’il s’agissait de violence conjugale. Je prenais ça pour des problèmes de couple. Je l’ai même trompé avec une femme qui était aussi violente. À mes yeux, c’était une chose normale. Elle me disait constamment que j’étais une merde, une bitch et que je n’étais pas importante. J’ai eu 3 commotions cérébrales, été plusieurs fois hospitalisée et fait 3 tentatives de suicide. Je pensais que mourir était la seule manière de m’en sortir. Ma façon de garder le contrôle était l’automutilation. C’est difficile quand j’entends parler les gens de leur première fois, car la mienne est loin d’être idyllique. J’ai été blessée émotionnellement, physiquement, et spirituellement.

/ Quel a été le(s) moment(s) déclencheur(s) pour te sortir de cette relation?

Lorsque ma BFF Shannon, qui ne supportait plus de me voir comme ça, m’a demandé de quitter F. J’ai refusé et elle est sortie de ma vie. Elle a même refusé de m’héberger si je la quittais. Mais quand je l’ai fait, elle est revenue dans ma vie. Ma mère a aussi joué un rôle important. Un jour je l’ai appelé en larmes en disant que je n’arrivais pas à appeler la police. F. voulait m’enfermer dans la chambre et vendre mon corps. Elle m’a secoué, étranglé, vidé mon sac, pris ma carte de débit et est partie en disant que désormais elle contrôlait l’argent (chose qu’elle faisait déjà). Lors d’un dîner de famille, ma mère a annoncé aux invités que ma blonde me battait. Elle leur a demandé de venir à mon adresse le mercredi suivant pour me sortir de là. Le jour venu, tout le monde est arrivé, a rempli rapidement les boîtes ; en une heure, on était partis. Je l’avais avisé de finir son lavage avant que je parte avec la laveuse, sécheuse. Je lui avais laissée 2 fourchettes, 2 couteaux, 2 assiettes, 2 verres – car elle avait une autre blonde – et un chèque de $350 pour ne pas avoir de problème.

/ Comment a été l’après?

J’étais en miette et soumise. Partir de ses bras a été l’une des choses les plus dures de toute ma vie. Je m’ennuyais d’elle, je l’aimais encore. Jusque-là, je ne faisais rien sans son accord, ne respirais pas, ne mangeais pas, ne fonctionnais pas sans elle. Dorénavant, je dois décider de tout. Seules les victimes de violence conjugale pourront comprendre ça. Un samedi soir à minuit, j’étais en pyjama devant un film lorsque la police a débarqué pour m’arrêter pour tentative de meurtre contre elle. La veille, je lui avais envoyé un message où je lui pardonnais et lui souhaitais plein de bonheur. Elle avait appelé le 911 en disant que j’avais essayé de lui couper la gorge avec un objet. Je suis restée en prison 72 heures, passée devant le juge et suis sortie sous condition de ne pas m’approcher d’elle ni de son école (elle n’y allait plus), de son domicile (qui était sous mon nom) et de son travail (elle n’en avait plus).

/ Peux-tu expliquer pourquoi elle te manquait?

Elle me manque encore. Quand une personne prend toute ta dignité et ta confiance, tu lui appartiens. Je suis en train d’apprendre que je n’appartiens à personne. En réalité, elle a encore un grand pouvoir sur moi. Même si je suis mariée et très heureuse. Elle pourrait réapparaître dans n’importe quelle pièce, je serais soumise, par peur. Et je confonds la peur avec l’amour. J’ai encore l’impression que certaines parties de moi lui appartiennent. Elle était dynamique, drôle, tout le monde l’aimait, elle avait la belle parole. Elle pouvait me battre en public et personne ne bougeait. Elle a perdu énormément d’amies, sauf moi! Lorsqu’elle deviendra clean et une bonne personne, je l’accueillerai à bras ouverts, parce que je connais des parties d’elle que personne d’autre ne connaît. Dans une relation de violence conjugale, tu deviens très vulnérable ; tu perds cette partie de toi que tu ne pensais jamais donner à autrui. Quand c’est fait, tu es cassée pour la vie. Elle m’a cassé pour la vie.

/ Penses-tu renaître de cette histoire?

Oui, j’ai réalisé récemment que je ne serai plus jamais la personne que j’étais avant. Je suis une nouvelle personne. Qui suis-je? Comment mettre un pas devant l’autre sans trainer ce fardeau de victime? C’est très difficile, un mini pas à la fois. J’ai peur de l’avenir. Je veux de la justice. Tant que mon agresseure ne reconnaitra pas ses actes, je serais toujours sa victime. J’apprends à vivre avec ça, à me pardonner, car j’ai fait une erreur. Un jour une personne m’a demandé, « Aurais-tu souhaité ne jamais la rencontrer? ». Après une grande réflexion, j’ai dit: « Si je ne l’avais jamais rencontré, je ne serais pas qui je suis, mais si je ne l’avais pas rencontré, je n’aurais jamais été qui je suis ». Je pense que c’est la meilleure réponse que je puisse donner.

/ Tu subis du harcèlement depuis 3 ans?

Elle fait encore de l’intimidation en me frôlant. Pour moi, c’est pire que de la violence physique. Cet échange de regard me met dans un état de peur extrême. Quand j’ai rencontré ma femme, chaque fois qu’elle changeait de couleur de cheveux, F. la copiait. Elle a essayé de me couper la gorge avec un tesson de bouteille après mes fiançailles. Mais, il est plus facile de gérer la situation en la voyant que d’être dans l’inconnu. Lorsqu’elle est sobre, elle ne m’approche jamais et franchement, elle est magnifique comme personne. Mais la drogue n’arrange rien.

Suite à l’agression subie après mes fiançailles, j’ai décidé d’aller chercher de l’aide. J’ai ddécouvert le Centre de Solidarité Lesbienne (CSL). Elles m’ont beaucoup aidé pendant 2 ans, et m’ont fait réaliser que j’étais en choc post-traumatique depuis 3 ans. Le CSL m’a référé auprès d’IVAC qui m’a trouvé une thérapeute.

/ Là tu es mariée depuis bientôt 2 ans?

4 ans de belles aventures, cour et justice. Ma femme est très au courant de la manière dont je me sentais à l’égard de mon agresseure. Elle me soutient. Elle est très douce. On essaie d’avoir un bébé ; c’est difficile et magique. Lorsqu’on s’est rencontrées, cela faisait un an que je n’étais plus avec F. Je ne me suis jamais sentie aussi Princesse, elle fait tout pour que je me sente spéciale. Mais je dois aussi apprendre à me sentir spéciale toute seule.

/ Est-ce important pour toi d’en parler publiquement?

J’ai fait beaucoup de recherches sur la violence conjugale entre lesbiennes et je n’ai rien trouvé. Ce n’est pas facile de partager quelque chose que les gens ne comprennent pas car ils ne l’ont pas vécu. J’ai peur des conséquences et de faire face aux jugements, mais pas d’en parler. La violence que tu subis est authentique, unique comme chaque histoire. Si montrer mon visage peut aider les autres femmes à éviter cette situation-là, c’est une première étape et je le fais avec fierté. C’est important d’en parler, tout le monde n’en est pas capable et je respecte ça. Si tu m’avais demandé de faire cette entrevue il y a 3 ans, j’aurais dit non.

/ Quel message pourrais-tu dire à nos lectrices?

Si tu te sens soumise, agressée verbalement et/ou physiquement, pars et appelle le CSL. Dis-toi que tu vaux plus que ça. Car il est très facile de tomber.

http://www.solidaritelesbienne.qc.ca/

Par Esther-Léa Ledoux

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