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Littérature – Les éditions Sans Fin : un bon début

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Parfois, il suffit d’une rencontre pour changer le cours des choses. Quand Julie Podmore, Louise-Andrée Lauzière, Johanne Coulombe et Dominique Bourque se sont rencontrées, elles ont créé Les éditions sans fin. Une maison d’édition destinée à privilégier, valoriser et diffuser les œuvres offrant un point de vue lesbien. L’objectif de ces quatre personnalités attachantes et militantes est de donner une visibilité à des œuvres et à des autoreprésentations d’artistes marginalisés du fait de leur choix de vie (sexualité, exil, etc.) et des oppressions (sexualisations, racialisation, colonisation, etc.).

/ Une histoire d’historique

Les éditions sans fin ne sont pas nées de nulle part. Il a fallu que Johanne, qui a longtemps travaillé pour feu la revue Amazones d’hier, lesbiennes d’aujourd’hui (AHLA) en compagnie de l’écrivaine Danielle Charest, soit contactée par Dominique afin de rendre hommage à l’auteure. C’est ainsi que la première parution des éditions sans fin a été constituée en l’honneur de Danielle Charest, à travers la BD « Deux lesbiennes rebelles à Paris » scénarisée par Danielle Charest et dessinée par Laura Bernard. Afin de parfaire le graphisme, elles ont fait appel à Louise-Andrée qui a rejoint l’équipe à ce moment-là.

L’alchimie de ce projet tient autant à la rencontre de l’expertise des quatre créatrices, militantes, « artivistes », pour qui « ça a été magique », qu’à la qualité des fondements idéologiques de la maison d’édition.

Inscrites dans les milieux militants féministe et lesbien matérialiste, elles se sont inspirées de la pièce de théâtre de Monique Wittig, Le voyage sans fin (Vlasta, 1985), pour trouver le nom de la maison d’édition. En choisissant une pièce de théâtre qui met en scène un Don Quichotte et un Sancho Panza lesbianisés et qui confronte une vision idéaliste et concrète du monde, il s’agit pour elles de valoriser des points de vue inédits ainsi que de permettre de nouvelles perspectives de pensées. « L’intéressant c’est de créer des ponts entre les deux dimensions, entre l’idéalisme et la réalité, parce qu’on n’avancera pas si on ne le fait pas ». Créer une maison d’édition libre et engagée a été aussi une façon de prendre position par rapport aux évènements mondiaux : « Après les massacres de Paris, on a eu envie de rétorquer et de dire qu’il n’y aura pas de fin à la culture ni aux arts, à la parole ou à la pensée », explique Dominique.

/ Permettre les prises de parole

Selon Louise-Andrée, « la spécificité de la maison d’édition est de donner place à une parole subjective lesbienne ». Il s’agit à la fois d’offrir une plateforme de visibilité à une expression minoritaire lesbienne mais aussi de la permettre aussi diversifiée que possible. Dominique souligne qu’une « variété de lesbiennes est logique, idéale, même préférable pour qu’il y ait un vrai dialogue possible. Ce que l’on ressent c’est que ces différentes perspectives n’existent pas sur la place publique. Elles n’ont pas de résonnance ». Il est important pour elles de donner le champ libre aux lesbiennes pour qu’elles s’emparent de la notion de mouvement politique mais aussi pour qu’elles y énoncent des points de vue subjectifs.

Les lesbiennes en littérature, les femmes plus largement, ne bénéficient toujours pas d’une place identique à celle des hommes. Pour Louise-Andrée, « c’est cela qu’il est intéressant de questionner mais aussi de témoigner. Si les hommes peuvent publier n’importe où, ce sera sûrement plus difficile pour une lesbienne ». Rétablir cette injustice – tout du moins la questionner – tel est l’objectif des publications lesbiennes de la maison d’édition qui va sortir prochainement un recueil d’entretiens de Michèle Causse, figure intellectuelle lesbienne exceptionnelle. En effet pour Dominique « les hommes ont tendance à occuper un espace qui est chèrement gagné pour nous. En mettant ces paroles au jour, ça pourra peut-être aider une lesbienne à se mettre au monde, à le questionner ». Le choix de Michèle Causse n’est pas anodin. Se considérant comme « ni lue, ni approuvée », sa vie, et même sa mort, a été ponctuée de remises en question fondamentales d’elle-même et, par le fait même, de sujets sociaux plus profonds.

/ Des choix pour un engagement

À travers leurs choix de publication s’exprime donc un engagement certain, notamment par ce qu’il propose en termes de décloisonnement et d’ouverture. Dominique rappelle que « même si ça a l’air perdu d’avance – car c’est ce que l’on veut nous faire croire à travers le discours ambiant – résister c’est aussi créer et c’est ce qu’on a eu envie de faire ». Louise-Andrée de préciser que ce n’est pas tant un livre de recette écrit par une lesbienne qui les intéressera plutôt qu’un livre exposant le regard sur la nourriture porté en tant que lesbienne dans le monde.

En marchant en dehors des normes sociales (l’hétérosexualité), il s’agit de connaître voire d’assumer une autre perception du monde qu’elles veulent valoriser. Elles se souhaitent de trouver des « lesbiennes articulées, politisées (pas nécessairement politiques), intéressées par le monde, par ce qui se passe aux niveaux économique, politique, international ». De cette manière, il s’agit d’arriver à libérer la société de son regard genré sur les êtres qui la constituent, mais aussi de questionner les stéréotypes qui circulent sur les lesbiennes dans les médias de masse.

/ Au delà d’une simple maison d’édition

Outre ces propositions, Les éditions sans fins portent également un nom anglais ; The Never-Ending Press, symbolique de leur volonté d’ouverture entre les communautés linguistiques et culturelles. Louise-Andrée précise qu’« on est dans une pensée qu’on veut plus large, internationale et propre à toutes les paroles occultées ». De la même façon, elles ne souhaitent pas restreindre leurs publications à un type de format et/ou de style, « c’est pour cela que l’on s’informe sur les nouvelles technologies parce qu’on serait prêtes à explorer ce territoire, à faire un livre hybride par exemple ; virtuel et papier ».

Son rôle ne s’arrête donc pas à l’impression d’œuvres variées mais s’étend à la création de partenariats et de rencontres, de débats et de dialogues, tels qu’ils ont émergé dans le courant des années 80. Pour résumer, « on ne veut pas rester que dans l’image, on veut faire bouger par la réflexion ». Les prochains coups de cœur iront à Nicole Claude Mathieu ou Julie Vaillancourt qui a fait une thèse sur la représentation des lesbiennes dans le cinéma.

Pour le moment, cette maison d’édition « ne reconnait l’apport d’aucun gouvernement dans la réalisation et la publication » de ces ouvrages. Pas de règle et pas de hiérarchie, mais seulement une porte ouverte sur les possibles intellectuels et les audaces graphiques. Pour toutes celles qui souhaiteraient leur envoyer un manuscrit, la porte est donc grande ouverte.

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Par Delphine Cézard

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